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Scolioses et maux de dos

Dernière mise à jour : 17 févr.


Se pencher sur le cas complexe de la scoliose, c’est prendre la mesure de l’ampleur du fossé du manque de connaissance qu’il reste encore à combler dans le domaine du musculosquelettique! (Ce texte contient une traduction libre d'une partie de l'excellent article de Paul Ingraham. Cliquez ici pour le consulter : https://www.painscience.com/tutorials/low-back-pain.php)

En effet, malgré tous les progrès fulgurants des dernières décennies dans divers domaines de la santé et de la technologie, force est d’admettre que la communauté scientifique possède toujours bien peu de certitude sur cet étrange comportement, pourtant très repandu, qu’adopte parfois la colonne vertébrale.

En tant que thérapeute, je ne peux m’empêcher d’insister sur la relation entre la scoliose et la douleur, sujet autour duquel circule une véritable nuée de mythes plus ou moins fondés et de solutions thérapeutiques miracles en tous genre. À la lumière des informations dont on dispose à l’heure actuelle, je vous propose donc une courte synthèse sur le sujet.



Avant tout, qu’est-ce qu’une scoliose ?

La scoliose est définie comme une déviation permanente de la colonne vertébrale en trois dimensions. Lorsque vue de l’arrière, on la reconnaîtra souvent comme un schéma en ‘’S’’ ou en ''C'' de la colonne vertébrale. Quand la personne se penche vers l’avant, un observateur placé derrière pourra constater qu’un côté de la cage thoracique paraîtra plus proéminent que l’autre.



La scoliose diffère de l’attitude scoliotique. Cette dernière est tout simplement une posture que l’on peut adopter qui amène notre colonne vertébrale à accommoder le mouvement (par exemple, en décalant votre bassin vers la droite ou vers la gauche). Toutefois, l’attitude scoliotique n’est pas ''figée''. La posture dite antalgique (que l’on adopte lorsqu’on a mal) peut elle aussi créer une scoliose transitoire. Dans ce dernier cas, il s'agit d'un mécanisme de protection temporaire. Il disparaîtra de lui-même à mesure que les tissus guériront et que l’aisance de mouvement reviendra.

Pourquoi certaines personnes développent-elles une scoliose?

Qu’est-ce qui amène la colonne vertébrale à se contorsionner de la sorte ? On sait que la scoliose s’installe plus fréquemment dans l’enfance ou à l’adolescence, mais aussi qu’elle peut se développer à n’importe quel âge. Certes, il peut arriver que la scoliose ait une cause évidente : en réaction à une grave blessure de la colonne vertébrale ou encore par les conséquences de spasmes puissants résultant d’une maladie neuromusculaire ou osseuse ou d’une chirurgie invasive des côtes ou du thorax (Loynes et coll, 1972).

Toutefois, la majorité du temps (70 à 80%!), la scoliose apparait spontanément, sans cause connue ni raison apparente.

Il y a probablement davantage de gens qui se promène dans les rues avec une scoliose légère/modérée que vous le croyez! Des recherches récentes ont estimé qu’entre 33% et 50% des femmes âgées de plus de 40 ans présenteraient une scoliose. Au minimum une personne sur 10, tous genre et âge confondu, en présenterait une (McAviney et coll, 2020)!



Heureusement, les cas sévères ayant un grave impact sur les fonctions ne sont toutefois pas légion. Les personnes présentant un angle de Cobb (la mesure utilisée pour déterminer la sévérité d’une scoliose) supérieur à 40 degrés ne représenteraient qu’environ 0,17% de la population (Konieczny et coll, 2013). Par ailleurs, tous cas confondus, les scolioses symptomatiques nécessitant un suivi médical toucheraient moins de 2% de la population, selon une revue systématique de 54 études en la matière (Théroux et coll, 2015).


La scoliose entraîne-t-elle la douleur au dos ?

C’est une relation qui semblerait tout à fait naturel à établir en apparence. La torsion de la colonne pourrait entraîner davantage de contraintes sur les tissus du corps humain et la réponse à laquelle l'on pourrait s'attendre pourrait être de ressentir davantage de douleur. Toutefois, la réalité, comme c’est souvent le cas, montre un portrait beaucoup plus nuancé de la question! Par ailleurs, de nombreux mythes circulent au sujet de la posture et de la douleur.

S’il est vrai que plusieurs personnes avec un rachis scoliotique ressentent de la douleur au dos régulièrement, il est également vrai que davantage de gens encore n’en ressentent pas plus que les personnes sans scoliose! Par ailleurs, les recensements sur la prévalence de la douleur chez les personnes avec une scoliose montrent énormément de variance à travers la population (Wong et coll, 2019. Théroux et coll, 2017).

L’expert de la colonne vertébrale, le docteur Alf Nachemson, écrivait en 1979 :

‘’À partir des études disponibles concernant les suivis à long terme des patients avec scoliose non-opérés, les risques de vivre de la douleur au dos handicapante à l’âge adulte semblent minimaux’’.

Malgré les quatre décennies et demie qui ont suivi depuis sa déclaration, bien peu de chose ont changé! Une étude récente (Yuan et coll, 2021) arrivait à la conclusion suivante : ‘’aucun consensus n’a pu être établi quant à la participation de la scoliose dans les expériences de douleurs dorsales et lombaires chez les personnes présentant une courbure scoliotique’’. En résumé, les patient(e)s avec scoliose présentent-ils/elles de la douleur au dos causé par la présence de leur scoliose ou bien s’agit-il tout simplement de douleurs non spécifiques normales qui pourrait tout aussi bien apparaître chez n’importe lequel d’entre nous, scoliose ou pas?

Comme le mentionne le journaliste scientifique Paul Ingraham dans son excellent article de vulgarisation sur le sujet : ‘’si nous ne sommes toujours pas capables de nous positionner sur la question en 2023, c’est fort probablement parce que la scoliose ne joue pas un rôle décisif sur la présence de la douleur! Si c’était le cas, alors il y aurait déjà un consensus établi !’’

En neuroscience de la douleur, il est maintenant bien admis que la douleur persistante au dos est pratiquement toujours un phénomène multifactoriel. En effet, la majorité des douleurs persistantes au dos (plus de 90%) sont dites non-spécifiques, c’est-à-dire que les examens médicaux ne permettent pas de discerner avec précision la cause de la douleur (Maher et coll, 2011). Rappelons que la douleur persistante est influencée à la fois par des éléments physique, psycho-émotionnels et sociaux. Du côté physique, s’il est vrai que certaines études modernes ont pu retrouver des caractéristiques plus fréquemment présentes pour la douleur au dos en lien avec la scoliose (par exemple, Gremaux et coll, (2008) ont observé de la douleur à l’aine et aux cuisse plus souvent chez leurs sujets avec courbures scoliotiques), il serait faux de dire que ces douleur sont foncièrement ‘’pires’’ que celles attribuables à d’autres causes. Les douleurs des gens avec une scoliose sont aussi influencées par les mêmes éléments que celles des gens sans scolioses! Par exemple le manque de sommeil, la fatigue, les troubles de l'humeur, les habitudes de vie, les fausses croyances en lien avec la douleur, etc.

En réalité, du moins en attendant que davantage de recherches de haute qualité soient effectuées, la scoliose pourrait fort bien ne pas être le principal vecteur de douleur chez les gens avec une colonne vertébrale scoliotiques qui montre de la douleur !

Les images de ce genre, avec la mention ''anormale'', ne sont pas factuelle. Elles contribuent à créer de l'inquiétude, de la peur, voir de la dépression. Des vecteurs de potentialisation de la douleur

‘’C’est normal que vous ayez mal au dos, regardez cette scoliose!’’ est une phrase régulièrement entendue dans les cliniques en tous genre. Blâmer une scoliose légère/modérée comme étant la source unique d’une douleur au dos persistante ne fait pas de sens, scientifiquement parlant. Pourtant, c’est ce qui est régulièrement fait sur le terrain, par des professionnel(le)s au mieux mal informé(e)s, au pire, carrément malhonnête. Ce type de langage iatrogène (qui contribue à des effets négatifs) n'est pas basé sur des faits. Il entraîne de l’inquiétude chez les patient(e)s, de même qu’un sentiment d’impuissance face à la situation : deux vecteurs de chronicisation de la douleur bien connue.


Et le traitement des scolioses?

Chez les sujets présentant une scoliose sévère affectant leur qualité de vie de manière importante, la chirurgie peut être envisagée. Cependant, comme il s’agit d’une procédure très invasive, elle n’est pas utilisée pour les cas les plus fréquent, c’est-à-dire ceux qui sont légers à modérés. Le corset rigide, quant à lui, est utilisé pour tenter de ralentir la progression d'une scoliose chez un sujet enfant ou adolescent(e) (Weis et coll, 2021).

En excluant la chirurgie, il suffit d’une simple recherche sur internet pour découvrir un éventail de solutions miracles sensé empêcher la progression ou carrément renverser les scolioses : exercices, touchés thérapeutiques, orthèses en tous genre. Cela ne serait-il pas génial s’il était possible de repasser la colonne vertébrale pour l’allonger, un peu comme on le ferait avec les ridules d’une chemise froissé ?



Malheureusement, nous ne disposons d’aucune preuve scientifique solide à ce jour qui montre que la scoliose, structurellement parlant, puisse être corrigée de manière significative par des interventions non-chirurgicales.

Dans la dernière synthèse disponible sur le sujet (Schoutens et coll, 2020), les auteurs écrivaient : ‘’la littérature scientifique dont on dispose en 2020 ne nous permet de recommander aucune approche thérapeutique non-chirurgicale. Nous manquons encore grandement de recherches cliniques de bonne qualité en la matière (traduction libre) ‘’


Au-delà de la courbure spinale

Avant de sombrer dans le défaitisme, bien que la vraie scoliose ne puisse apparemment pas être renversée par des méthodes conventionnelles ou des exercices, il est tout à fait possible d’aider l’être humain à qui appartient la colonne vertébrale à se sentir mieux dans sa peau et à vivre moins de douleur!

À ce sujet, la personne avec une courbure spinale scoliotique présentant des maux de dos ne doit pas être considérée de manière différente de ses congénères avec maux de dos sans scoliose! J’aime répéter à mes étudiant(e)s qu’on ne traite jamais un dos ou un genou, mais bien une personne qui vit une expérience impliquant de la souffrance dont les origines sont toujours multiples. Ainsi, les mêmes solutions qui s’appliquent pour les maux de dos conventionnels peuvent être efficace pour les gens avec une scoliose, à savoir :

  • L’exercice physique. Faire de l’exercice physique régulièrement est la modalité la plus éprouvé contre les maux de dos de nature persistante. Cependant, il est quand même intéressant de savoir que les exercices spécifiques des programmes d’entraînement destinés aux gens avec scoliose n’apportent pas davantage de soulagement, ni n’améliore les scoliose de manière différente que n’importe quelles autres formes d’exercices. Aussi bien sélectionner le type d'activité physique qui nous motivent dans ce cas! Pour en savoir plus (Romano et coll. 2013) .

  • La thérapie manuelle, même si la littérature ne supporte pas qu’il soit possible de redresser une scoliose via des manipulations ou des massages (Lantz et coll 2001, Clifford et coll 2007), il est tout de même souvent possible d’agir sur la douleur et de vous aider à vous sentir mieux. Les mécanismes thérapeutiques en jeux sont alors vraisemblablement les même que pour n’importe quel être humain consultant pour des maux de dos.


  • La rassurance, l’éducation et la déconstruction des mythes et des fausses croyances entourant la scoliose et la douleur immuable qu’elle est supposé entraînée (cet article est un bon début!)

  • Les interventions sur les habitudes de vie

  • La pharmacothérapie

  • L’application de chaleur ou de froid

  • Etc.

En bref, la douleur persistante des gens avec une scoliose, tout comme celle des gens sans scoliose, peut avoir pour vecteurs des éléments autant biologiques, que psychologiques, que liés à l'environnement et au contexte ! Il devient donc important d'enquêter sur la présence de ces différents éléments si on souhaite aider l'être humain derrière la colonne vertébrale ! Cesser de s'inquiéter des éléments sur lesquels nous n'avons aucun contrôle et insister sur les éléments modifiables à notre portée est une étape importante dans le processus thérapeutique.

 

Nicolas Blanchette pratique l’ostéopathie et la kinésiologie avec son équipe Ostéo-Solution sur la Couronne Nord de Montréal. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne.

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Sources / pour en savoir plus

Bookas, Annas, pht, La scoliose chez l’enfant de A-Z: Diagnostic et prise en charge, https://www.lombafit.com/scoliose, 2023

Ingraham, Paul. The Complete Guide to Low Back Pain, https://www.painscience.com/tutorials/low-back-pain.php, 2023

Autres sources dans le texte

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