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Tout savoir sur la fasciite plantaire – première partie

Dernière mise à jour : 7 sept. 2022


Dans le premier volet de cet article, j’exposerai ce que l’on sait, à la lumière des recherches disponibles, sur le problème de la fasciite plantaire. Qu’est-ce qui cause une fasciite plantaire ? Quel semble être le processus physiologique de la blessure ? Quels sont les facteurs de risques de développer la condition et comment peut-on mettre les chances de son côté pour essayer de la prévenir? Dans le deuxième volet, je vous présenterai les résultats des recherches quant aux différentes actions que nous pouvons entreprendre afin de soulager les inconforts liés à la fasciite plantaire.

Quelques statistiques

La fasciite plantaire est la cause la plus fréquente de douleur chronique au niveau du talon[1].

C’est une condition musculo-squelettique très fréquemment retrouvée chez la population. Elle est tellement commune que des recherches ont estimé qu’elle représenterait environ 15% des raisons des consultations chez un podiatre et que près de 10% de la population adulte en souffriraient[2]. Aux États-Unis seulement, les visites chez le médecin pour des cas de fasciites plantaires atteignent les 1 million par année, générant des frais pour les payeurs et les compagnies d’assurances de plus de 375 millions de dollars annuellement[3].


Quels symptômes caractérise la fasciite plantaire?


Le diagnostic de fasciite plantaire est habituellement établi par le médecin en clinique suite à l’historique des symptômes rapportés par le patient. La plainte la plus commune est une sensibilité sous le talon, légèrement interne par rapport au centre de ce dernier, sans signe distinctif du début de la condition (pas de trauma, etc.) qui dure depuis plusieurs semaines. Ce site peut être très sensible à la palpation, particulièrement lorsque les orteils sont retroussés (en extension). La douleur irradie parfois jusque dans l’arche plantaire. L’inconfort au talon est habituellement plus présent lors de la mise en charge le matin (les premiers pas en sortant du lit) ou après une période d’inactivité. Il pourrait également se manifester après une sollicitation plus importante du pied, après avoir accéléré le pas ou avoir marché sur un terrain accidenté, par exemple. La fasciite plantaire est aussi réputée pour inclure une foule de termes sous-diagnostiques tels que : ‘’talon du jogger, syndrome d’épine calcanéenne, bursite sous-calcanéenne, calcaneodynie[4]’’ et bien d’autres. Le diagnostic peut être objectivé avec fiabilité grâce à l’échographie qui révèlera un épaississement du tissu fibreux du fascia plantaire[5].

Qu’est-ce qui cause cette condition?


Saviez-vous qu’au 18e siècle on nommait la fasciite plantaire ‘’talon du gonorrheux’’ (gonorrheal heel) puisqu’on pensait que le problème était lié au péché de la chair ? Heureusement, nous en connaissons beaucoup plus sur la condition désormais! Néanmoins, il y a encore beaucoup de confusion sur cette pathologie qui n’a manifestement pas fini de livrer tous ses secrets.


Anatomiquement parlant, le fascia plantaire et une bande de tissu conjonctif très rigide qui protège la plante du pied. Il forme un lien mécanique très puissant entre le talon et les orteils. Il n’a pas exactement le même aspect chez tout le monde, mais il est généralement formé d’une puissante bande centrale renforcée de plus petites bandes médiale et latérale.




Alors que chez l’enfant le tendon d’Achille du mollet et le fascia plantaire sont liés ensemble, chez l’adulte, le fascia plantaire est une structure indépendante du tendon d’Achille chez la grande majorité des gens. Selon les recherches, seuls 10-15% des adultes montreraient une continuité fasciale entre ces deux structures (Wearing et coll, 2006. Kim et coll. 2010). Au niveau cellulaire, le fascia plantaire contient plus de fibrocytes et de fibroblastes (cellules du tissu conjonctif) que les tissus ligamentaires et tendineux standards. Les scientifiques croient que cet arrangement cellulaire unique, en plus de permettre des transferts et des répartitions de force, permet au fascia plantaire d’agir comme une structure sensorielle importante pour la proprioception et capable d’ajuster sa propre composition en réponse aux demandes qu’il reçoit. Intéressant.

Malgré son nom en ‘’ite’’, un suffixe qui réfère habituellement à un état inflammatoire, les études histologiques révèlent que la fasciite plantaire n’est pas primairement liée à l’inflammation (ce peut être également le cas de certaines tendinites, comme vous pouvez le lire ICI ). Ceci semble concorder avec le fait que deux revues systématiques de la littérature ont échoué à démontrer des bénéfices cliniques de l’utilisation d’infiltration de cortisone pour soulager à long terme les patients souffrant de fasciite plantaire chronique (Karl et coll. 2008, Kumar et coll. 2011).

Au niveau tissulaire, les pistes de l’origine de la fasciite plantaire pointent plutôt vers la dégénération progressive des tissues de l’enthèse de l’os du talon (calcanéum), ce qui pourrait aussi expliquer pourquoi l’âge est un facteur dans le développement de la fasciite plantaire :

‘’Une enthèse (en grec ancien enthesis « insertion ») est l'endroit où les formations collagéniques (tendons, ligaments ou aponévroses musculaires), rentrent dans l'os. C'est une zone de transition qui passe du muscle au tendon puis au cartilage et enfin dans l'os lui-même.’’

Cette dégénération progressive n’est pas sans rappeler le processus de l’arthrose, qui peut toucher n’importe quelle articulation. Ainsi, le fibrocartilage plantaire se fissure longitudinalement très progressivement, puis s’ossifie lentement dans ces fissures près du site d’insertion sur le talon. Au fil du temps, cela amène fréquemment la formation d’une proéminence osseuse (ostéophyte). Dans une expérience, cette ‘’épine’’ calcanéenne était retrouvée huit fois plus fréquemment chez les gens souffrant de fasciite plantaire que chez le groupe contrôle[6]. Une autre recherche a démontré que 89% des gens souffrant de fasciite plantaire chronique présentaient une excroissance osseuse sur l’os du talon[7]. La corrélation entre épine calcanéene et douleur n'est cependant pas direct. Plusieurs personnes asymptomatique (sans douleur) peuvent aussi présenter une épine calcanéenne (Kirkpatrick et coll, 2017).

Qu’est-ce qui peut entraîner ces changements progressifs dans le cartilage plantaire ? Les scientifiques croient qu’il s’agirait sans doute d’une combinaison excessive de force de déformations (compression, torsions, étirements) appliquée sur le fascia plantaire qui excéderait les capacités de récupération de l’organisme. Dans le but d'augmenter la solidité de la structure du fascia plantaire, l'organisme pourrait favoriser le renforcement de l'enthèse par l'ostéophytose. Ces forces agissant sur le pied peuvent être causées par l’effet gravitationnel (passer beaucoup de temps debout, être en surpoids) ou encore par un travail inapproprié du fascia plantaire lors de la locomotion[8]. Ce travail inadéquat pourrait résulter de plusieurs facteurs divers tels que :

· Augmentation trop rapide du volume de sollicitation du fascia plantaire. Par la course, la marche, les sauts, etc.

· Chaussures contraignant les mouvements du pied

· Déconditionnement de la musculature de la voûte plantaire et perte de proprioception. Certaines recherches pointent à l’importance de retarder le port de chaussure chez les jeunes enfants afin de développer la proprioception de leurs pieds de manière optimale (Zech et coll, 2018)

· Déconditionnement de la musculature des membres inférieurs et du tronc en général, obligeant la musculature plantaire à travailler en excès. Hyuck et coll. (2019), entre autre, on obtenu de bons résultats en recommandant des exercices de renforcement des abducteurs de la hanche à leurs clients souffrants de fasciite plantaire.