Les névralgies cervico-brachiales

Dernière mise à jour : 4 févr.


Les névralgies cervico-brachiales sont des problématiques musculosquelettiques courantes qui se caractérisent par de la douleur et des inconforts au niveau d’un ou des membres supérieurs, mais dont l’origine est située au niveau de la colonne vertébrale cervicale. C’est un peu comme la ‘’sciatique’’, mais concernant le bras plutôt que la jambe!

Quels sont les symptômes ?

Habituellement, les symptômes d’une névralgie cervico-brachiale ont un caractère ‘’nerveux’’. C’est-à-dire qu’ils traduisent une altération des signaux électriques envoyés par les nerfs.


Ainsi, la douleur peut prendre la forme de chocs électriques, d’un sentiment de brûlure ou de froid, voir d’engourdissement ou d’une sensation de perte de force dans le bras. La douleur à l’épaule ou au bras s’accompagne régulièrement de douleurs au cou. Ces dernières sont cependant souvent moins intense que la douleur au bras. Un inconfort lancinant près de l'omoplate accompagne fréquemment les autres symptômes. Lorsque la douleur est très sévère, ne diminue pas au fil des jours, qu’on présente une perte de force importante, que d’autres symptômes sont présents ou encore qu’elle touche les deux bras à la fois, il est conseillé de rencontrer son médecin de famille pour une évaluation du problème avant toute chose. Même si les incidences sont plutôt rares, il arrive que des névralgies cervico-brachiales cachent une pathologie plus sévère. Ainsi, il vaut mieux obtenir un avis médical en premier lieu.


Territoire cutané symptomatique selon la racine nerveuse irritée. Les symptômes peuvent cependant différer : McAnany et coll (2019) ont trouvé que cette distribution classique ne se produisait qu'environ 50% du temps.

Quelle est la cause ?

Ne soyez pas trop dur avec vous-même : ce n’est pas votre faute! Les névralgies cervico-brachiales sont la plupart du temps causé par des compression mécaniques et de l’inflammation liés à un bombement / hernie discal secondaire à un processus d’arthrose. Tout comme pour la colonne vertébrale lombaire, ces phénomènes sont normaux dans le vieillissement (et sont par ailleurs souvent asymptomatiques) (Nakashima et coll, 2015). Vivre un épisode de névralgie cervico-brachiale au courant de sa vie est quelque chose de relativement commun. On estime que ce problème toucherait entre une et six personnes sur 1000 tous les ans (Mansfield et coll, 2020).


Bien que cette problématique puisse être parfois très incommodante, les recherches nous montrent que, la majorité du temps, il faut simplement s’outiller pour traverser la tempête jusqu’à la résolution naturelle du problème.



Évolution de la condition

La littérature scientifique disponible actuellement nous indique que la plupart des névralgies cervico-brachiale se règlent par elle-même. Concernant leur évolution naturelle, on remarque plusieurs similitudes avec un épisode de douleur sciatique avec signes neuropathiques.

Par exemple, cette recherche (Barett et coll, 2015) montre qu’entre 75 et 90% des patient(e)s présentant ce type de condition voit leurs symptômes s’améliorer de manière significative après une période de 6 semaines.

Une revue systémique sur le sujet a aussi permis de relever que d’autres améliorations substantielles étaient généralement rapportées dans les premiers 3 à 6 mois suivant le début de l’apparition des premiers symptômes (Wong et coll. 2014). Cependant, il n’était pas rare de voir des symptômes plus modérés revenir de temps à autre de manière intermittente. Une autre étude a rapporté que 31% des gens vivaient ce genre de symptômes occasionnels jusqu’à 5 ans après l’apparition des premiers symptômes (Radhakrishnan et coll. 1994). Cette autre recherche, cependant, a trouvé que la grande majorité des gens (83%) expérimentaient une rémission complète des symptômes sur une période allant entre 2 et 3 ans (Wong et coll. 2014).

Pour mieux traverser la tempête

Différentes modalités sont habituellement employées pour soulager les symptômes de la névralgie cervico-brachiale pendant qu’elle passe par les différents stades de la guérison. Les plus grands succès sur la diminution de la douleur et des symptômes sont obtenus en utilisant des approches multimodales qui combinent ces différentes stratégies. La chirurgie est rarement nécessaire. Par exemple, cette recherche sur les gens souffrant d’hernies discales cervicale avec symptômes radiculaires a permis de montrer que 92% des patient(e)s réussissaient à se rétablir complètement sur une période d’un an sans avoir recours à la chirurgie (Saal et coll, 1996).

Exemple d'étirement de la région du trapèze pouvant atténuer la sensation douloureuse (ne réaliser pas un exercice s'il vous apporte de la douleur)

Le repos, l’immobilisation et le collier cervical

Pour la majorité des cas, ces modalités sont réservées uniquement pour une courte période suivant l’apparition de symptômes aigus (habituellement moins d’une semaine). Le port d’un collier cervical peut alors se révéler utile pour certain(e)s patient(e)s très symptomatiques (Naylor et coll, 1991). L’immobilisation doit cependant être de courte durée, pour éviter le déconditionnement de la musculature cervical. Une fois la phase la plus aigue passée, la plupart du temps, il n’est plus bénéfique de chercher à limiter le mouvement de façon importante.

La médication

Plusieurs classes de médicaments peuvent être utilisé pour contrôler les symptômes pendant le processus normal de guérison de la pathologie et empêcher la douleur d’adopter un caractère persistant. C’est le cas par exemple des anti-inflammatoires, des relaxants musculaires, des analgésiques, des opioïdes et de certains antidépresseurs et anticonvulsivants ayant des propriétés bénéfiques contre la douleur (Eubanks et coll, 2010). Évidemment, il faut toujours consulter son médecin quand il s’agit de médication. Il est cependant rassurant de savoir que plusieurs options sont à votre porté pour vous aider à traverser la tempête et que si l’une d’entre elle ne produit pas le résultat escompté, des alternatives existent.

Lorsque la problématique prend un aspect persistant (c’est-à-dire qu’elle dure depuis plus de 3 mois), les études ont constaté des bénéfices intéressants des antidépresseurs tricycliques, de la venlafaxine et du tramadol (Saarto et coll, 2007). La douleur persistante doit généralement être abordé de manière différente de la douleur aigue de courte durée puisque leurs mécanismes d’action sont différents.



Les tractions

Les tractions cervicales peuvent permettre de soulager provisoirement les symptômes des névralgies cervico-brachiale pour plusieurs patient(e)s (Levine et coll, 1996). Leur mécanisme d’action se produit en théorie en permettant de décomprimer les foramens intervertébraux pour soulager un nerf temporairement en souffrance. Les tractions peuvent être appliqué de différente façon : manuellement ou avec un appareil conçu à cet effet. L’équipe de chercheurs de l’étude citée plus haut utilisait un protocole dans lequel les tractions étaient maintenues pour une période d’environ 15-20 minutes avec une force entre 8 et 12 livres, le cou du patient en légère flexion.

Tractions cervicales manuelles avec l'avant-bras

Les tractions semblent surtout utiles dans le stade aigu de la problématique. En effet, une revue systématique sur le sujet ne leur a pas trouvé d’utilité pour une douleur cervicale nevralgique d’une durée de plus de 3 mois avec ou sans irradiations dans le membre supérieur (Graham et coll, 2008).

La thérapie manuelle et les exercices

La thérapie manuelle, incluant les mobilisations, les étirements et les massages tels qu’on les retrouve dans de nombreuses disciplines de soins musculosquelettiques peuvent souvent permettre d’atténuer la sévérité des symptômes initiaux. Une fois le stade des premières six semaines passées, il est souvent utile d’implanter un programme de renforcement graduel de la musculature cervicale pour éviter le déconditionnement et potentiellement réduire les symptômes. Les contractions musculaires permettent d’acheminer sang et oxygène sur le site de la blessure pour favoriser la guérison. Pour la douleur persistante, les exercices permettent aussi d’entraîner notre cerveau à mieux moduler à la baisse les signaux douloureux. Les exercices recommandés, selon la situation, seront d’abord de type isométriques (sans mouvement) puis progresseront vers des mouvements contrôlés de plus en plus amples et l’utilisation d’une résistance additionnelle selon la tolérance de chaque personne (Rhee et coll, 2007).


Haussements des épaules avec bandes de résistance élastiques

Les injections de corticostéroïdes

Aussi appelés blocs nerveux, ces procédures habituellement administrées par un(e) médecin physiatre peuvent être utiles pour réduire les irradiations ou les symptômes sévères pendant la guérison naturelle de la pathologie. Même si cela peut nous inquiéter de recevoir une injection au niveau du cou, les recherches nous montrent que les complications sont rares (moins de 1% des cas) (Ma et coll, 2005).

Les chirurgies

Selon la revue de la littérature consultée, elles devraient être réservées seulement aux cas sévères très limitant dont les symptômes progressent et/ou ne s’améliorent pas après une période de 6-8 semaines d’essai des autres modalités énumérées plus haut.

En conclusion

Heureusement, même si les symptômes d’une névralgie cervico-brachiale peuvent nous empoisonner l’existence sur le court terme, le pronostic pour ce type de condition est favorable dans la grande majorité des cas et la nécessité d’opérer chirurgicalement est peu fréquente. Les recherches récentes nous montrent que, la plupart du temps, les différents symptômes peuvent être contrôlés via des interventions non-chirurgicale comme la médication, le repos, la thérapie manuelle, les exercices ou les injections au besoin. Combiner les différentes modalités semble apporter le plus de bénéfices que d’utiliser une seule d’entre elle en isolation.


 

Nicolas Blanchette pratique l’ostéopathie et la kinésiologie avec son équipe Ostéo-Solution sur la Couronne Nord de Montréal. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne.

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Sources


Eubanks et coll, American Academy of Family Physicians, 2010 Autres sources mentionnées dans le texte


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