Le syndrome du défilé thoracique
- Nicolas Blanchette, Ost, B.sc kin

- 23 déc. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 janv.

Le syndrome du défilé thoracique désigne un ensemble de symptômes provoqués par la compression des structures neurovasculaires au niveau du passage anatomique situé entre le cou, la clavicule et la première côte. Plusieurs espaces anatomiques peuvent être en cause : entre les muscles scalènes du cou, entre la clavicule et les côtes ou encore au niveau de l’espace situé sous le tendon du muscle petit pectoral (Jones et coll., 2019).
Selon les symptômes, on distingue trois formes principales : neurogène (la forme la plus fréquente) veineuse et artérielle. Les causes peuvent être congénitales, acquises par surmenage, via un traumatisme ou encore liées à des facteurs posturaux et musculaires (Camporese et coll., 2022).
Quelle est sa prévalence dans la population ?
Comme pour la majorité des syndromes, estimer combien de personnes sont touchées par cette problématique n’est pas une tâche facile en raison de la variabilité des critères diagnostiques, des formes souvent sous-diagnostiquées ou confondues, ainsi que de la diversité des symptômes. Ainsi, dans la littérature, l’incidence estimée varie très largement, de 3 à 80 cas pour 1 000 personnes selon les études (Camporese et coll, 2022).
La forme neurogène représenterait, de loin, le plus grand nombre de cas, entre 90-95%. La plupart des cas apparaissent chez les personnes de 20 à 50 ans. Cette problématique est plus souvent diagnostiquée chez les femmes que chez les hommes (Medscape, 2023).
Signes et symptômes
Les symptômes varient selon quelle structure est comprimée (s’il s’agit d’un nerf ou d’un vaisseau sanguin), l’étendue de la compression, et la durée (aiguë ou persitante/chronique). Les mouvements répétitifs, postures prolongées, ou même dormir avec le bras dans une position inadéquate peuvent déclencher ou aggraver les symptômes. (Watson et coll., 2009, Li et coll., 2021). Voici les manifestations les plus souvent rapportées :
Pour la forme neurogène, la plus fréquente, les patients se plaignent de douleurs dans le cou, l’épaule, le bras, avec des sensations de picotement, d’engourdissement, une fatigue du membre et/ou des sensations de faiblesse musculaire. Parfois, il y a des crampes ou même un amaigrissement de certains muscles (par exemple ceux de la main) si la compression est sévère ou prolongée. Ces symptômes s’aggravent souvent lors de mouvements où le bras est élevé, ou mis en extension ou rotation, ou dans des positions prolongées qui réduisent le passage anatomique pour les structures vasculonerveuses du bras (Jones et coll., 2019, Watson et coll., 2009).
Lorsque ce sont les vaisseaux (artère ou veine) qui sont affectés, les symptômes diffèrent. Pour la forme veineuse, on peut retrouver les signes et symptômes suivants : gonflement du bras, sensation de lourdeur, parfois coloration bleutée ou cyanose et douleur localisée (Jones et coll., 2019, Camporese et coll., 2022). La forme artérielle, quant à elle, peut montrer une diminution du pouls, des douleurs lors d’efforts, de la froideur du membre, pâleur ou changements de couleur de la peau et même parfois des ulcères ou de la gangrène dans les cas graves si la circulation est fortement compromise (heureusement rare). (Jones et coll., 2019, Camporese et coll., 2022).
Comment le diagnostic est-il établi par le médecin ?
Comme pour la majorité des syndromes, pour poser le diagnostic, aucun test isolé n’est suffisant. Le médecin doit combiner une écoute attentive, l’examen clinique, les examens complémentaires, et souvent l’élimination des autres diagnostics possibles. En effet, les signes et symptômes du syndrome du défilé thoracique peuvent être confondus avec plusieurs autres troubles tels que des radiculopathies cervicales (compression d’un disque ou un nerf au niveau du cou) qui eux-aussi, peuvent provoquer douleur, engourdissement et/ou faiblesses dans le bras. De même, il faut aussi éliminer la possibilité de la présence d’une neuropathie périphérique comme le syndrome du tunnel carpien. Les troubles des épaules (coiffe des rotateurs, tendinites, bursites) ou les autres troubles vasculaires ou circulatoires (ex : maladie de Raynaud, artériopathies) doivent aussi être investiguer au besoin. De plus, certaines pathologies comme la fibromyalgie ou le syndrome douloureux régional complexe peuvent parfois ressembler au syndrome du défilé thoracique.
L’historique est important: y-a-t-il des antécédents de blessure près de la clavicule? Les symptômes surviennent-ils davantage lors de certaines activités qui pourraient accentuer une compression dans le défilé thoracique (lever les bras dans les airs, porter un sac, symptômes présents surtout dans une certaine position, au travail par exemple, etc.). Y-a-t-il des signes de compressions vasculaires (changements de coloration / température de la peau, gonflements, etc.). À l’examen physique, certaines épreuves, sans être 100% précises, peuvent mettre sur la piste de cet éventuel problème. C’est le cas par exemple de l’épreuve de Roos, un test qui consiste à lever les bras perpendiculaire au sol, coudes fléchis à 90 degrés, puis à ouvrir et fermer les mains pendant environ trois minutes, à la recherche d’une accentuation des symptômes (Watson et coll., 2009).
Des examens médicaux complémentaires tels que l’imagerie par résonnance magnétique, les études de conductions nerveuses (électromyogramme) la tomodensitométrie, voire parfois l’angiographie ou l’échographie Doppler pour étudier l’écoulement vasculaire peuvent être utiles. (Li et coll., 2021, Jones et coll., 2019).

Comment prendre en charge le syndrome du défilé thoracique ?
Le traitement dépend de la gravité, du type (neurogène, veineux, artériel), de la cause anatomique sous-jacente, de la durée des symptômes et de l’impact sur la vie quotidienne.
Traitement conservateur
C’est en général la première approche, surtout pour les formes neurogènes ou quand les symptômes ne sont pas sévères ou vasculaires (Jones et coll., 2019; Li et coll., 2021). La prise en charge conservatrice inclût des modifications des habitudes de vie : éviter les activités qui aggravent les symptômes (mouvements répétitifs, porter des charges lourdes, positions prolongées du bras en l’air), améliorer la posture (s’asseoir plus droit plus souvent, éviter de projeter la tête vers l’avant pour des périodes prolongées, rehausser la hauteur des écrans, etc.).
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La rééducation physique est souvent le cœur du traitement conservateur pour le syndrome de type neurogène. (Camporese et coll., 2022). En plus d’une activation globale générale régulière (viser 20-60 minutes d’activité physique par jour comme la marche rapide), il est utile de réaliser un court programme de mobilité et de renforcement musculaire d’une trentaine de minutes, 3 x par semaine, visant principalement les muscles du cou, des omoplates, de la poitrine et du haut du dos. Le programme sera réalisée pendant plusieurs semaines en surveillant les indicateurs de progression.
En complément, certains médicaments, comme les anti-inflammatoires, analgésiques ou relaxants musculaires peuvent atténuer la douleur pendant la mise en place du programme d’exercice (Jones et coll., 2019). À l’occasion, des infiltrations peuvent être aussi utilisées.
Traitement chirurgical
Lorsque les symptômes sont sévères, persistent malgré un traitement conservateur bien conduit, ou que des complications vasculaires apparaissent, pour une minorité de cas, la chirurgie peut être indiquée. Elle vise à libérer la compression en retirant ou modifiant des structures anatomiques anormales : résection de la première côte, ablation des côtes cervicales, libération de muscles (scalène antérieur) ou des bandes fibreuses problématiques (Jones et coll., 2019, Camporese et coll., 2022).
Suivi et réadaptation
Après le traitement, qu’il soit conservateur ou chirurgical, il est essentiel de suivre un programme de réadaptation pour restaurer la mobilité, la force, corriger les déséquilibres musculaires, améliorer la tolérance aux activités et prévenir les récidives.
La thérapie manuelle peut-elle aider ?
Plusieurs études montrent que les traitements manuels comme l’ostéopathie peuvent réduire la douleur, améliorer la fonction et diminuer les symptômes neurologiques (picotements, engourdissements) quand ils sont réalisés de façon ciblée et rigoureuse (Lo et coll., 2011).
Les modalités comme le massage localisé, les techniques de mobilisation articulaire ou des tissus mous, les manipulations douces, les étirements et les interventions sur la posture montrent des résultats prometteurs, surtout pour la forme neurogène, procurant souvent un soulagement durable, parfois après plusieurs mois (Camporese et coll., 2022).
En conclusion
Le syndrome du défilé thoracique, bien qu’il soit parfois méconnu ou difficile à diagnostiquer, représente une cause sérieuse de douleur, de dysfonctionnement du bras et de gêne dans la vie quotidienne. La forme neurogène est la plus commune. Le bon diagnostic, notamment pour différencier d’autres pathologies aux symptômes similaires, est une étape clé. Le traitement conservateur conserve une place majeure : en particulier l’activité physique adaptée, les modifications de posture et de mode de vie. La thérapie manuelle peut, elle aussi, permettre de soulager. La chirurgie est une option pour les cas plus rares où les traitements conservateurs ne suffisent pas ou en cas de complications. Si vous pensez être concerné par cette problématique, consulter votre médecin pour établir le bon diagnostic dès que possible.
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*Cet article a été rédigé pour le compte du magazine Vitalité Québec. Les informations transmises dans cette chronique ne constituent pas des informations de nature médicale. Consulter un médecin pour toute question de nature médicale.

Nicolas Blanchette pratique l’ostéopathie et la kinésiologie avec son équipe Ostéo-Solution sur la Couronne Nord de Montréal. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne.
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Références
Camporese G., et coll. « Diagnostic and Therapeutic Management of the Thoracic Outlet Syndrome », Frontiers in Cardiovascular Medicine, 2022.
Jones M.R., Prabhakar A., Viswanath O., Urits I., Green J.B., Kendrick J.B., Brunk A.J., Eng M.R., Orhurhu V., Cornett E.M. Thoracic Outlet Syndrome: A Comprehensive Review of Pathophysiology, Diagnosis, and Treatment. Pain Therapy, 2019, vol. 8, p. 5-18.
Li N., et coll. « Thoracic Outlet Syndrome: A Narrative Review », Journal of Clinical Medicine, 2021, 10, 962.
Lo C.C., et coll. « Systematic review: The effectiveness of physical treatments for thoracic outlet syndrome », Hand Therapy / Physical Medicine, 2011.
Medscape : « Thoracic Outlet Syndrome: Practice Essentials, Etiology, Pathophysiology, Diagnosis, and Treatment ». 2023.
StatPearls : Kaplan J., Thoracic Outlet Syndrome, 2023.
Watson L.A., Pizzari T., Balster S. « Thoracic outlet syndrome part 1: Clinical manifestations, differentiation and treatment pathways », Manual Therapy, 2009, 14(6), p. 586-595.




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