top of page

Épaule gelée : mieux comprendre la capsulite rétractile

Dernière mise à jour : 19 mai 2022


L’épaule gelée ou capsulite rétractile de sa véritable appellation, est une cause fréquente de limitations de mouvement et de douleur à l’épaule chez les plus de 40 ans. Lors de cette affectation de l’épaule, la capsule articulaire formée de ligaments de l’épaule devient enflammée, puis progressivement limitée dans son mouvement. La capsulite n’est pas douloureuse dans toutes ses phases ou avec la même intensité chez tous les sujets, mais la limitation de mouvement qu’elle entraîne la caractérise. Le diagnostic peut être confirmé par le médecin suite à une imagerie par résonnance magnétique, la radiographie offrant peu d’indices en comparaison avec un examen clinique seulement[1]


Vue par arthroscopie : capsule gléno-humérale saine (gauche) et dans un cas de capsulite rétractile (droite)

Physiologiquement, la capsule articulaire est formée de nombreux ligaments qui, ensemble, ‘’scellent’’ l’articulation de l’épaule, entre l’omoplate et l’humérus, l’os du bras. Lors de la capsulite, une réponse inflammatoire locale disproportionnée amène la formation de tissu cicatriciel fibreux en excès dans la capsule articulaire. L’inflammation génère d'abord de la douleur, souvent importante, via la prolifération de vaisseaux sanguins et de tissus nerveux [2]. L'inflammation elle-même et le tissu cicatriciel qui sera produit viennent ensuite progressivement limiter la liberté de mouvement de l’humérus. Par l’épaississement de certains ligaments antérieurs de l’épaule, le premier mouvement à être réduit est la rotation externe de l’humérus.

Gauche : Rotation externe de l’humérus, coude fléchi.

Droite : Rotation externe avec abduction

Or, puisque le mouvement de rotation externe est aussi nécessaire pour l’abduction (lever le bras sur le côté du corps), ce second mouvement se retrouve fréquemment limité lui aussi. Il devient alors difficile de soulever le bras, mouvement qui sera compensé par une élévation hâtive de l'omoplate.



Qu’est-ce qui cause la capsulite rétractile ?

Même en 2022, la capsulite rétractile n’a pas fini de livrer tous ses secrets. La cause de la condition peut être dite primaire ou secondaire. Les cas primaires sont toujours idiopathiques : c’est-à-dire qu’il est impossible de déterminer la cause de l’apparition des douleurs ou de la perte d’amplitude de mouvement. Une capsulite rétractile de cause secondaire peut, quant à elle, se produire suite à une blessure, un traumatisme, une opération chirurgicale ou une maladie. Une hypothèse évoquée pour la capsulite est une réponse auto-immunitaire disproportionnée.

Quelques facteurs de risques sont cependant bien documentés : l’immobilisation prolongée du bras après une opération ou une fracture, par exemple, augmente les risques de développer une capsulite rétractile. Ainsi, les thérapeutes près des interventions médicales s’assurent que l’épaule récupère du mouvement le plus rapidement possible après une blessure. Certaines études ont aussi montré un lien entre les risques de développer cette affectation et la présence de maladie métabolique comme le diabète et l’hypercholestérolémie. Finalement, quelques preuves scientifiques montrent que le raccourcissement chronique de certains ligaments et muscles de l’épaule (deltoïde antérieur, muscles pectoraux) via un mauvais maintien postural peut aussi contribuer à augmenter les risques de développer une capsulite rétractile[3]. Malgré cela, plusieurs personnes développent une capsulite sans présenter de facteurs de risque, ce qui est frustrant autant pour ceux qui souffrent que ceux qui cherchent à leur venir en aide.

Quelles sont les différentes phases de la capsulite ?

Malheureusement, la capsulite est une pathologie généralement de longue durée qui se résout souvent dans une période entre 1 et 2 ans. La personne qui a une capsulite doit s’éduquer sur le problème et, même si ce n’est pas toujours facile, éviter de se décourager à travers le processus. La condition finit bel et bien par guérir. Comprendre les différents stades de la capsulite peut être un bon outil pour traverser l’épreuve.


Graphique d’une progression typique d’une capsulite, en mois.

La première phase, dite de ‘’gel’’ (freezing) est surtout caractérisée par la douleur. Elle dure généralement 2-6 mois. C’est là que le client consultera. Ce dernier éprouve fréquemment beaucoup d’inconforts durant la nuit, ce qui peut l’empêcher de dormir convenablement. Il peut trouver qu’il est impossible de se coucher sur le côté de l’épaule endolorie. La région sensible est généralement tout le tour de l’épaule, mais il est commun de ressentir des irradiations dans le bras, l’avant-bras, parfois le poignet. À ce stade, le mouvement de l’épaule n’est pas encore limité. Ceci rend la condition particulièrement difficile à déceler pour un professionnel, qui pourrait la confondre avec d’autres affectations communes de l’épaule comme une tendinite de la coiffe des rotateurs, une bursite ou de l’accrochage sous-acromial.

C’est lors de la seconde phase, dite adhésive (frozen), d’enraidissement ou de durcissement, que l’amplitude de mouvement est le plus affectée. La limitation des rotations de l’humérus apparaît en premier et le diagnostic par un médecin est alors plus facile à poser. L’abduction (soulever le bras) est fréquemment compensée par un mouvement excessif de l’omoplate (haussement d’épaule). Cette compensation est appelée rythme scapulo-huméral inversé et nous permet de fonctionner quand même malgré une perte du mouvement gléno-huméral. L’amplitude de mouvement disponible à l’épaule va généralement diminuer sur une période de plusieurs semaines, avant de se stabiliser pendant plusieurs mois (environ 3-9 mois).

La troisième phase est celle du dégel (thawing), aussi appelé phase de résolution. Après la pluie, le beau temps! C’est lors de cette phase que le client fait le plus progrès. Cette phase dure généralement entre 9 et 18 mois. La douleur va alors en diminuant et l’enraidissement s’en va, très graduellement. Sans intervention, avant de retrouver l’exacte même amplitude qu’avant la capsulite, certaines recherches soutiennent qu’il peut même s’écouler plusieurs années. Rassurez-vous, une amplitude de mouvement permettant d’accomplir toutes nos tâches quotidiennes n’a pas besoin d’être parfaite, seulement fonctionnelle!

Gestion de la capsulite

Anti-inflammatoires et injections

L’utilisation d’anti-inflammatoire non stéroïdien peut soulager la douleur, bien qu’il y ait peu de preuves que leur utilisation permet de réduire la durée de l’affectation. Selon les recherches[4], ce sont les corticoïdes oraux et les injections de glucocorticoïdes (par ex : cortisone) qui permettraient le mieux d’atténuer la douleur. Pour les injections, il semble qu’il suffise simplement d’apporter le médicament dans l’environnement des structures touchées par l’inflammation et donc que le guidage échographique ne soit pas une nécessité[5]. De plus, il ne semble pas nécessaire de procéder à de multiples injections, car les bénéfices semblent plafonner au-delà de trois injections. Il est aussi intéressant de noter que les résultats des injections de glucocorticoïdes procurent davantage de résultats à court terme lorsqu’ils sont jumelés à des mobilisations articulaires réalisées dans la non-douleur[6].

Thérapie Manuelle, tractions et étirements