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Anxiété et douleur : comment mieux gérer son stress peut contribuer à réduire ses douleurs articulaires


*Cet article a été rédigé pour le compte du magazine Vitalité Québec. Les informations transmises dans cette chronique ne constituent pas des informations de nature médicale. Consulter un médecin pour toute question de nature médicale. Le stress et l’anxiété sont des réponses adaptatives essentielles de l’organisme face aux défis du quotidien. Lorsqu’elles deviennent chroniques, cependant, elles peuvent s’inviter jusque dans notre système musculosquelettique, déclenchant ou exacerbant des douleurs qui se perpétuent bien au‑delà de l’événement déclencheur! Comprendre les mécanismes profonds qui lient l’anxiété à la douleur et identifier des stratégies concrètes pour diminuer ce cercle vicieux est essentiel pour quiconque cherche à retrouver confort et sérénité.

Au cœur de la relation entre l’anxiété et la douleur se trouve le système nerveux autonome, cette toile invisible qui régule nos fonctions vitales sans que nous ayons à y penser. Lorsque le cerveau perçoit une menace (qu’elle soit réelle ou anticipée), l’axe hypothalamo‑hypophyso‑surrénalien (HHS) s’active et libère du cortisol, l’hormone du stress, ainsi que des catécholamines (adrénaline, noradrénaline). À court terme, cette réaction nous prépare à la fuite ou à la lutte : le rythme cardiaque s’accélère, les muscles se prépare à l’action, la vigilance s’accroît. Toutefois, si cette réponse persiste dans le temps, les récepteurs des muscles, des articulations et de la peau finissent par être « surchargés », conduisant à une sensibilité accrue à la douleur, un phénomène appelé « sensibilisation périphérique ».

Parallèlement, au niveau du système nerveux central (cerveaux et moëlle épinière), le système limbique – notamment l’amygdale et l’hippocampe – module non seulement la mémoire et les émotions, mais aussi la perception de la douleur. Des études en neuroimagerie montrent qu’une anxiété chronique peut altérer la façon dont le cortex préfrontal modulé par l’amygdale inhibe la transmission des signaux douloureux : ce phénomène est appelé « désinhibition centrale » ou « sensibilisation centrale ». Concrètement, un stimulus qui serait normalement tolérable (comme une tension musculaire légère) devient alors difficile à supporter et peut créer une réaction de douleur. Cet état peut se renforcer de lui‑même et devenir malheureusement une sorte de cercle vicieux : craignant la douleur, la personne se raidit encore davantage, amplifiant l’alerte cérébrale et pérennisant le cycle.

L’inflammation paraît aussi jouer un rôle clé dans ce phénomène. Sous l’effet du stress chronique, la production de cytokines pro‑inflammatoires (IL‑1β, TNF‑α, IL‑6) augmente. Ces molécules chimiques sensibilisent les nocicepteurs, petites terminaisons nerveuses qui détectent les dommages tissulaires, et favorisent ainsi la douleur. De ce fait, on observe chez des patients anxieux des marqueurs inflammatoires plus élevés, même en l’absence d’une maladie auto‑immune ou d’une blessure récente. Chez ceux qui souffrent de troubles musculosquelettiques persistants (maux de dos, tendinites, fibromyalgie), le lien entre stress psychologique et biomarqueurs inflammatoires est d’autant plus net.

Au‑delà des modifications biochimiques, l’anxiété influe aussi sur nos émotions, notre posture et nos comportements. Une personne anxieuse adoptera davantage un maintien voûté de son dos, les épaules remontées, le cou projeté en avant, ce qui peut encourager des inconforts au niveau des trapèzes et de la région cervicale par exemple. À long terme, ces adaptations posturales pourraient devenir contributrices de douleur persistante. De plus, l’anxiété (de même que la dépression) entraîne souvent l’évitement de l’activité physique. Or, réaliser quotidiennement de courtes périodes d’activités physique présente des effets bénéfiques démontrés, tant au niveau de la réduction de la douleur que de celle de la diminution de l’anxiété perçue.

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Reprendre le contrôle sur l’anxiété et la douleur 

Face à ces constats, la question se pose : comment rompre ce cercle vicieux anxiété-douleur? Plus qu’un simple soulagement symptomatique, il s’agit d’agir simultanément sur l’anxiété et sur ses répercussions au niveau musculaire. Plusieurs approches validées par la recherche peuvent être mises en œuvre pour nous aider à reprendre le contrôle. La plupart d’entre elle ne nécessite aucun matériel, investissements ou recours à un professionnel. Il suffit d’y dédier un peu de temps à chaque jour.

Tout d’abord, mettre en place de simples techniques de respiration et de relaxation peut se révéler un puissant antidote à la cascade stress‑douleur. La respiration diaphragmatique (respirer par le ventre, de manière lente, profonde, en inspirant sur quatre temps et en expirant sur six temps par exemple) favorise le retour à un équilibre apaisant de l’activité du système nerveux autonome, réduit la sécrétion de cortisol et relâche les tensions musculaires. Intégrée chaque jour, même cinq minutes suffisent pour constater une réduction de la douleur perçue!

La méditation de pleine conscience (mindfulness) propose d’apprendre à observer ses pensées et ses sensations sans jugement. Plusieurs méta-analyses indiquent qu’une pratique régulière de méditation de pleine conscience améliore non seulement l’anxiété, mais aussi les niveaux de douleur chronique. Accessible via des applications guidées ou des séances collectives, cette approche agit à la fois sur la régulation émotionnelle et sur la plasticité cérébrale (la capacité de nos neurones de réorganiser leurs échanges d’informations), renforçant les circuits de modulation de la douleur.

En complément, le renforcement musculaire doux et les étirements ciblés participent à interrompre la sédentarité et les schémas posturaux désavantageux. Le yoga, le Tai-Chi, le Pilates ou des séries d’exercices de mobilité et de renforcement permettent d’améliorer la souplesse, de recalibrer la tonicité musculaire et d’induire une production d’endorphines – hormones naturelles aux nombreux effets anti-douleur. Un programme hebdomadaire de deux à trois séances, même de courte durée (20‑30 minutes), s’accompagne généralement d’une baisse significative de l’intensité douloureuse et d’un sentiment accru de maîtrise de son corps.

La gestion cognitive de l’anxiété joue également un rôle crucial. Les techniques de restructuration cognitive issues de la thérapie cognitivo‑comportementale (TCC) invitent à identifier et à contester les pensées catastrophiques (“Si j’ai mal, je serai paralysé pour toujours”) pour leur substituer des pensées plus nuancées (“Cette douleur est désagréable, mais je peux agir pour la soulager”). Des essais contrôlés randomisés montrent que la TCC réduit efficacement la chronicité des lombalgies et améliore la qualité de vie des personnes souffrant de fibromyalgie. Bien qu’un accompagnement avec un professionnel aide à augmenter les chances de succès, des ouvrages et des programmes en ligne peuvent initier ces méthodes de manière autonome.

Enfin, l’hygiène de vie globale ne doit pas être négligée. Le sommeil, souvent perturbé par l’anxiété, est un pilier de la régulation émotionnelle et de la récupération musculaire. Veiller à un rythme régulier, à un environnement propice (obscur, silencieux) et à limiter les stimulants (caféine, écrans) en soirée contribue à restaurer un cortisol plus bas la nuit, favorisant la réparation tissulaire. L’alimentation, quant à elle, peut aider à moduler l’inflammation : privilégier les oméga‑3 (poissons gras, graines de chia), les antioxydants (légumes et fruits colorés) et limiter les sucres raffinés aide à empêcher la production d’excès de cytokines pro‑inflammatoires.

Aborder le problème sous plusieurs angles

Adopter ces différents leviers (respiration, méditation, exercice doux, gestion cognitive, hygiène de vie) permet de mieux gérer l’anxiété et la douleur de façon intégrée. Les bénéfices agissent en synergie : moins de tension musculaire se traduit par une meilleure aisance de mouvement et une posture plus adaptative, moins d’inflammation, un sommeil de meilleure qualité et un esprit plus serein. Avec le temps, la personne qui pratique ces stratégies régulièrement sentira son corps non seulement moins endolori, mais aussi son esprit renforcée dans sa résilience émotionnelle.

Il est essentiel de souligner que si ces stratégies offrent un cadre de prise en charge autonome, elles n’excluent pas une évaluation médicale ou psychologique lorsqu’elles se révèlent insuffisantes. Un professionnel de santé peut recommander des examens, ajuster un traitement pharmacologique ou orienter vers un suivi psychothérapeutique plus structuré. Mais, même dans ce contexte, la capacité d’auto-efficacité (le fait de prendre soi‑même en main une partie de sa guérison) favorise l’adhésion et optimise les résultats.

En résumé, anxiété et douleur s’alimentent mutuellement au travers de mécanismes nerveux, hormonaux et inflammatoires, consolidés par des habitudes mentales, physiques et comportementales. Agir sur ces différents registres de façon cohérente et progressive permet de briser la spirale et de retrouver une meilleure qualité de vie. Chaque petite victoire, comme quelques minutes de respiration consciente, une séance de yoga, un exercice de restructuration cognitive, s’inscrit dans un mouvement de libération du stress et de ses manifestations douloureuses. À travers cette démarche active, c’est tout son corps et son esprit que l’on invite à se réconcilier. Besoin d’un coup de main ?

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Nicolas Blanchette pratique l’ostéopathie et la kinésiologie avec son équipe Ostéo-Solution sur la Couronne Nord de Montréal. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne.




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Références

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