Le syndrome d’antéprojection de la tête

 

Le syndrome d’antéprojection de la tête (head forward syndrome en anglais) fait référence aux symptômes associés à un maintien postural sous-optimal de la tête par rapport aux épaules. En effet, dans une posture harmonieuse capable de mieux gérer les forces imposées par la gravité, on souhaiterait voir le centre de l’oreille (méat acoustique externe) aligné vis-à-vis le centre de l’épaule (ceinture scapulaire). Or, force est de constater que cet alignement idéal est rarement retrouvé dans notre société moderne.
 

Le syndrome de la tête projetée vers l’avant est très commun. Avec ce type de posture, le crâne se retrouve bien à l’avant par rapport au milieu du thorax, c’est-à-dire que la position de l’oreille est antérieure à celle du milieu de l’épaule lorsque l’on voit le physique de profil. Au fil du temps, une fameuse ‘’bosse’’ se développe à l’arrière entre le haut du dos et la naissance du cou. Cette ‘’bosse de sagesse (ou bosse de bison, comme on l'apelle communément sans grand respect!) ’’ est formée de tissus conjonctifs fibreux et de masse adipeuse. Il s'agit d'une tentative du corps d’ajouter de la solidité à la base du cou (jonction cervico-dorsale). Cette résistance normale du corps est compréhensible : des études ont montré que pour chaque pouce d’avancement de la tête par rapport à l’épaule, une charge supplémentaire de 10 livres était transmise au muscle postérieur du cou et du haut du dos! Pas étonnant que tant de gens éprouvent des douleurs sur une trajectoire qui va de la base de la tête jusqu’à la région entre les omoplates!

 

Quelles sont les causes de ce syndrome?
 

Les causes de ce syndrome ont encore besoin d’être étudiées. D’une part, la condition semble être liée à des éléments héréditaires comme le sexe (les femmes étant plus fréquemment touchées) et l’hyperlaxité ligamentaire. D’autre part, il est indéniable que la détérioration et l’affaissement des disques de la colonne cervicale qui se produit en vieillissant peuvent participer à ce syndrome. Néanmoins,  les facteurs les plus importants dans le développement du maintien de la tête en projection antérieure ou non semblent liés, heureusement, à des éléments sur lesquels nous avons davantage de contrôle.
 

Par exemple, on sait que l’affaissement de la colonne vertébrale dorsale participe à déplacer le centre de gravité de la tête vers l’avant. On peut en faire l’expérience soi-même aisément (peut-être le faites-vous quotidiennement sans même en avoir conscience?). Pour cela, installez-vous devant un écran de télé ou d’ordinateur. Fixer l’écran des yeux. Placer votre dos bien grand, comme si un fil tirait le sommet de votre crâne vers le plafond. Puis, petit à petit, laisser tomber ce maintien en autograndissement et laisser votre dos se voûter. Qu’arrive-t-il avec la tête en réaction? Eh oui, puis le dos se voûte, plus le centre de gravité de la tête est déplacé vers l’avant.On constate ce phénomène fréquemment lors de longues heures passées à fixer un écran (et on ne parle pas d’ordinateur portable ou de cellulaire, ces derniers accentuant encore davantage la projection de la tête vers l’avant!).  Une autre cause pouvant entretenir ce syndrome est l’utilisation d’un oreiller épais qui pousse la tête vers le haut lors du sommeil.

 

 

 

Quelles sont les conséquences de ce syndrome?
 

Puisque l’avancement du cou entraîne automatiquement une flexion de la tête et que notre regard serait ainsi dirigé vers le plancher, notre système nerveux utilise un mécanisme automatique d’extension des premières cervicales pour demeurer fonctionnel et garder son regard orienté vers l’avant. Or, cette extension faite au niveau du crâne sur le cou gêne le drainage efficace des déchets métaboliques par le système veineux et lymphatique de la tête et du cou. Ce déficit circulatoire peut même contribuer à irriter des nerfs cervicaux (nerf d’Arnold par exemple). Les résultats sont souvent des maux de tête, de cou, de dos, voir des vertiges. D’autre part, les muscles fléchisseurs du cou qui s’attache sur les clavicules et les premières côtes deviennent rigides et hypertoniques lors de ce syndrome. Ceci peut entraîner l’irritation des nerfs du plexus brachial passant à proximité, des nerfs qui partent de notre cou et descendent le long de nos bras. En effet, on a lié le syndrome d’antéprojection de la tête à plusieurs symptômes communs désagréables :


 

 

 

  • Migraines, céphalées de tension

  • Cervicalgies (maux de cou)

  • Douleurs de la mâchoire

  • Trouble de l’épaule : le maintien de la tête en projection vers l’avant encourage l’omoplate à basculer elle-aussi vers l’avant sur la cage thoracique. Ceci a pour effet de comprimer les tissus près de l’humérus, prédisposant à de l’irritation à l’épaule lors du mouvement, aussi appellé syndrome d’accrochage à l’épaule

  • Névralgie cervico-brachiale avec irradiation dans les bras ou les mains

  • Syndrome du tunnel carpien

  • Reflux gastrique, fatigue chronique, etc.

 

Prévenir et traiter le syndrome

 

Il faut d’abord être conscient des facteurs environnementaux. Si vous dormez sur le dos, assurez-vous que votre oreiller ne pousse pas votre tête vers l’avant de manière importante. Si vous travaillez avec un ordinateur, mieux vaut une station de travail fixe ergonomique qu’un portable, surtout si vous faites de longues heures. Éviter les longues périodes de rédaction de textos.Levez-vous aussi souvent que possible pour marcher et vous étirer. Pensez GRAND! Le mouvement de projection de la tête vers l’avant se produit automatiquement lorsque le thorax s’affaisse.


Si vous souhaitez prévenir ou combattre ce problème de posture, vous devez penser grand. C’est-à-dire, que vous soyez debout ou assis, imaginez que le sommet de votre crâne et votre sternum (le centre de la poitrine) sont reliés au plafond grâce à un mince fil. Ce dernier tire tout doucement vers le plafond. Vous devriez éprouver la sensation de grandir quelque peu, tout en rentrant tout doucement le menton. Non seulement cet exercice sera bénéfique pour votre cou, mais il aura également un effet sur toute votre colonne vertébrale, en décomprimant les disques par l’action des muscles spinaux. C’est un exercice de base à garder en tête puisque vous aurez l’occasion de le pratiquer n’importe où. Plus vous le ferez souvent, plus vous combattrez efficacement la problématique.


 

Exercice pratique

 

Un exercice plus direct peut être entrepris pour soulager les muscles du crâne et du cou. Pour le faire, couchez-vous sur le plancher. Pliez les deux genoux de façon à avoir les pieds à plat au sol près de vos fessiers. Placez la base de votre crâne entre vos deux mains jointes, en laissant vos coudes tomber vers le plancher. Tout doucement, rentrez le ventre pour venir appuyer le bas du dos contre le sol.  Sans perdre le contact du bas du dos avec le sol, rentrez doucement le menton comme si vous cherchiez à aplatir la courbure à l’arrière de votre cou. Ressentez une sensation d’allongement entre le sommet de votre crâne et votre bassin. Maintenez la position une trentaine de secondes en respirant profondément. Lorsque bien réalisé, cet exercice permet la relaxation des muscles à la base de la tête et du cou.

 

(ci-contre, une variante du même exercice en position debout, dos appuyé contre un mur)
 


Finalement, une aide externe sous la forme d’un thérapeute manuel compétent peut être d’une grande utilité. Ce dernier (ostéopathe, physiothérapeute, chiropraticien, kinésithérapeutes, etc.) vous aidera à mobiliser les articulations dans le sens de correction du syndrome. Il pourra aussi vous aider à relaxer les tissus mous congestifs qui sont souvent responsables des symptômes désagréables associés au syndrome d’antéprojection de la tête.  L’exercice physique, idéalement supervisé par un kinésiologue, représente aussi un atout indéniable dans la gestion de ce syndrome.

 

Mise-à-jour (2019) 

 

Une étude de février 2018 publiée dans le Journal of Musculoskeletal Disorders (Pouvant être consultée ici) a montré des résultats positifs significatifs sur la diminution de la douleur chez les patients réalisant des exercices comme ceux-ci et/ou recevant des traitements de thérapie manuelle. Le groupe recevant de la thérapie manuelle ET réalisant des exercices s'est davantage amélioré que celui qui réalisait des exercices uniquement. Voila des résultats qui corroborent ce que nous observons en clinique jour après jour. Une approche multimodale semble la clef pour une meilleure gestion/résorbtion des symptomes douloureux cervicaux. 


Thérapeutes manuels, nous abordons le syndrome de projection antérieur de la tête en situation clinique lors de nos formations continues. Pour consulter notre horraire, rendez-vous au :  https://www.osteo-solution.com/formations
 

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Nicolas Blanchette pratique la kinésiologie et l’ostéopathie avec son équipe Ostéo-Solution sur la Couronne Nord de Montréal, au Québec. Cliquez ici pour prendre votre premier Rendez-vous:

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Sources :

Fathollahnejad K1, Letafatkar A2,3, Hadadnezhad M1, BMC Musculoskelet Disord. 2019 Feb 18;20(1):86.The effect of manual therapy and stabilizing exercises on forward head and rounded shoulder postures: a six-week intervention with a one-month follow-up study.

 

J.STEPHEN, Reliability of Isometric Muscle Endurance Tests in Subjects With Postural Neck Pain, JMPT, 2008

DALTON, Erik. Treating the dreaded Dowagger Hump, https://erikdalton.com/blog/treating-dreaded-dowager-hump, 2017

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